Des stéréotypes qui ont la vie dure
Anne-Marie Guillemard, sociologue, rappelle dans une tribune au Monde, que « l’idée reçue selon laquelle l’efficacité, la capacité d’innovation ou l’adaptabilité diminuent avec l’âge est à l’origine d’une forme d’auto-censure, aussi bien chez les employeurs que chez les candidats ». La crainte du « salarié coûteux, difficile à manager, proche de la retraite » continue de circuler, en dépit des études démontrant le contraire.
- Une étude de l’Apec (2021) souligne que 72% des cadres de plus de 50 ans estiment que leur âge est perçu négativement lors des processus de recrutement.
- Côté employeurs, 60% reconnaissent avoir des freins à l’embauche sur les plus de 55 ans (source: Ifop pour Qapa, 2023).
Expertise RH : une discrimination difficile à prouver
Carole Couvert, ex-présidente du syndicat CFE-CGC et cheffe de file sur l’emploi des seniors, met en avant la complexité juridique : « Beaucoup hésitent à dénoncer, car il est très difficile d’apporter la preuve que l’âge est la cause première du refus d’embauche, ou de promotion. Les employeurs battent en retraite sous couvert d’autres arguments (qualification, inadéquation du profil, etc.). »
Le Défenseur des droits estime que moins de 5% des cas avérés de discrimination à l’âge arrivent devant les tribunaux, faute de preuves jugées suffisantes.
L’avis du monde économique
Pour Patrick Artus, économiste interrogé en 2022 par L’Express, la peur du coût social demeure : « Entre indemnités potentielles élevées et éventuelles difficultés d’adaptation aux nouvelles méthodes de travail, beaucoup d’employeurs restent frileux. Pourtant, les chiffres montrent que la productivité par salarié ne diminue pas notablement jusqu’à 60 ans. »