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Covid-19: la Fnesi pointe des "dérives" dans le recours aux étudiants infirmiers face à l'épidémie

Publiée le: 25.08.2020
 

PARIS, 25 août 2020 (APMnews) - La Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi) pointe des "dérives" dans le recours aux étudiants en santé par les établissements de santé au plus fort de la crise du Covid-19, dans une enquête publiée lundi.
 

L'enquête a été effectuée du 14 mai au 21 juin à travers la plateforme en ligne WEPI (Web EPIdémiologie), après diffusion via ses canaux de communication (réseaux sociaux, mailings internes).
 

La Fnesi a recueilli 15.235 réponses exploitables (environ 16% des 95.000 étudiants) et 4.301 témoignages, soit un échantillon que la Fnesi estime "significatif de la population estudiantine ciblée dans les Ifsi [instituts de formation en soins infirmiers] et les universités".
 

L'enquête reposait sur 98 questions imbriquées divisées en 6 thèmes: type d’engagement pendant la crise du Covid-19 (entre la mi-mars et fin juin), organisation de la formation, conditions de travail en service, impact financier, accès aux services étudiants, état de santé.
 

Dans le dossier de présentation de l'enquête, la Fnesi relève que l'implication des étudiants en santé dans la pandémie de Covid-19 est estimée à 53,4% (implication en première ou seconde ligne auprès des patients), selon les constats préliminaires d'une étude du Centre national d'appui à la qualité de vie des étudiants en santé (CNA) conduite par le Dr Donata Marra, dévoilés en juin.
 

Fort recours au stage
 

Dans l'enquête de la Fnesi, 68,5% des répondants ont indiqué avoir été mobilisés dans le cadre d'un stage, 9,3% sous la forme d'une vacation, 7,7% ont été rappelés par l'employeur, tandis que 14,5% sont restés confinés.
 

Au total, 85,5% des étudiants infirmiers indiquent avoir été impliqués auprès des patients pendant la crise, ce qui en fait "la filière la plus mobilisée durant cette crise sanitaire exceptionnelle", selon la Fnesi.
 

Plus d’un quart ont été mobilisés en unités Covid, services de réanimation, soins intensifs ou d’urgences et près d’un tiers ont été impliqués en établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), souligne la Fnesi.
 

Elle considère que les instructions nécessaires au cadrage des modalités d'implication des étudiants en santé ont été publié "trop tardivement", respectivement 5 jours puis 15 jours après le début de la fermeture des Ifsi, ce qui aurait permis aux établissements hospitaliers d’"abuser de leur autorité envers" les étudiants.
 

Ils sont 34,3% d'étudiants en sciences infirmières à indiquer avoir été réquisitionnés "alors qu’aucune mesure préfectorale obligatoire n’a été entamée", estime la Fnesi, qui dénonce un "chantage" de la part de certains responsables d'établissements, évoquant par exemple le témoignage d'une étudiante selon lequel un refus de réquisition serait sanctionné comme un arrêt de formation.
 

"Du 16 mars au 21 juin, ce sont 65.000 [étudiants] en sciences infirmières qui ont été en stage, soit 18.000 de plus par rapport aux effectifs habituels", tandis que 40.000 étudiants ont subi un allongement ou une modification de leur période de stage, souligne la Fnesi, qui estime que le manque d'effectifs a poussé les établissements à recourir aux étudiants infirmiers.
 

Parmi les motifs invoqués pour ces modifications, sont cités en premier lieu le besoin de personnel (45,6%), devant la fermeture du service (20,8%), le manque d'encadrement (15,9%), le manque de matériel (11,7%) et l'exclusion du service (6%).
 

La Fnesi déplore que les établissements de santé aient eu un tel recours aux étudiants, sans avoir à les rémunérer du fait de leur statut.
 

La Fnesi relève que 60,3% des répondants identifiés comme personnes à risque selon les critères du Haut conseil de la santé publique (HCSP) ont été contraints d’aller en stage.
 

Un tiers des étudiants ont fait fonction d'aide-soignant
 

"Masquer ces mobilisations comme étant des stages a permis aux établissements de santé de réaliser des économies considérables. Sous le prétexte de devoir assurer la continuité de formation, 33,7% des [étudiants en soins infirmiers] en stage ont fait fonction d’aide-soignant et 50,3% des [étudiants infirmiers en pratiques avancées] en stage ont été affectés sur des postes d’infirmier diplômé d’Etat (IDE)", affirme la Fnesi.
 

Elle relève que 5% des répondants étudiants en soins infirmiers, ont été placés sur des postes d'IDE, soit "4.800 étudiants en situation d'exercice illégal de la profession".
 

La Fnesi, qui dénonce des "affectations abusives", s'indigne que 41% des étudiants affectés en stage "n’ont pas bénéficié de conditions d’encadrement adéquates" avec 44,1% dépourvus de tuteur/tutrice et 23,1% sans bilan de fin de stage.
 

Elle pointe ensuite le manque d'équipements de protection individuelle fourni aux étudiants qui ont signalé un manque de masques (36,5%), de surblouses (31,2%) et de visières ou lunettes (14,9%). Ce manque était plus prégnant chez les étudiants en stage (59,3%) que ceux en vacation (46,1%) ou rappelés par leur employeur (40,4%).
 

L'enquête révèle par ailleurs que 53% des étudiants répondants ont signalé avoir été contraints d'entretenir leurs tenues professionnelles à leur domicile.
 

"Ce manque d’EPI, lié aux affectations abusives, est responsable du fait que 10,9% des ESI & EIPA ont été [atteints du] Covid-19. Au 21 juin 2020, les [étudiants] en sciences infirmières représentaient ainsi 6,5% de la population française atteinte", rappelle la Fnesi, s'appuyant sur les données du gouvernement.
 

76,1% des répondants ont signalé avoir été en contact avec des patients infectés.
 

La Fnesi souligne que 38% des répondants signalent un état de santé mentale "mauvais ou très mauvais", avec une évolution négative pendant la crise pour 65,2% des étudiants.
 

Sont aussi évoquées les difficultés de continuité de formation, liées à la fermeture des établissements d'enseignement, dont les Ifsi, le 16 mars, mais aussi aux aménagements tardifs de la fin de l'année universitaire, avec un arrêté publié le 3 juin.
 

"La communication entre les Ifsi et les [étudiants] a souvent été difficile voire inexistante, entraînant une perte de confiance des ESI envers leurs équipes pédagogiques et même un sentiment d’abandon conduisant à une perte de sens de la formation", soutient la Fnesi, indiquant qu'un tiers des étudiants ayant passé des partiels pendant la crise affirme ne pas avoir eu d'explications en amont.
 

L'enquête montre des difficultés d'accès aux contenus d'enseignement à distance: 28,9% des répondants affirment en avoir été privés, et 89,4% indiquent ne pas avoir accès à la plateforme nationale de l'Université numérique en santé et sport (Uness).
 

La Fnesi pointe ensuite la sous-évaluation des indemnités de stage, et de grandes inégalités entre régions pour le versement des bourses et surtout l'attribution des aides exceptionnelles, dont les critères diffèrent sur le territoire, qui ont pu être à l'origine de difficultés financières pour les étudiants.
 

vg/nc/APMnews

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